Les fées de l’Asco

Le soleil réveille doucement l’enfant insulaire, une main ébouriffe ses boucles sombres, une voix ténue souffle à son oreille : c’est le jour de l’Asco,

Un sourire se profile sur son visage lunaire. Il se prépare et file dévorer son petit déjeuner en hâte pourtant il sait qu’elles ne l’oublient jamais. Dans la cuisine, les paniers d’osier, emplis de linge, se démultiplient,

Tout est prêt, le savon noir, les battoirs, le casse-croûte bien enveloppé et l’âne gris souris attendant son dernier chargement, le plus précieux, lui,

La procession commence sur le sentier un peu perdu, enfanté par les pas et les sabots frêles. Peu de mots échangés, juste quelques gestes instinctifs et attentionnés afin de s’assurer que le petit ne bascule pas, Il est gardé comme un trésor précieux par ce triptyque matriarcal. Mère et grand-mères cheminent sereinement, les rayons solaires les précèdent de quelques ombres, ils éclairent les aulnes, les myrtes et le thym, compagnons de route odorants. Le bruissement du vent, le chant de la grive, de la fauvette et les effluves créent un conte, une symphonie originelle.

La rivière est en vue, chacune s’installe, alors commence la valse des battoirs en olivier frappant les draps, les pantalons et les chemises. Ils plongent dans l’eau pure et bouillonnante, la mousse du savon noir recouvre chaque pan de coton et de lin, Quelques bulles savonneuses s’élèvent jusqu’au ciel azuré. L’enfant est assis à l’ombre des buissons, il observe ces cercles irisés jouant avec la lumière, les mouvement rapides des bras trempant le tissu, les mains frottant, entente tacite de tous les membres, cadence des corps dans cet acte purificateur.

Une fois immaculé, le linge s’installe sur les buis environnants, ils ressemblent ainsi à une exposition picturale un peu fantomatique.

L’âne est proche de l’enfant et cueille du bout des dents quelques radichju, ses longues oreilles en vigie.

L’olivier, cadran solaire végétal, marque l’heure du déjeuner. Le pain de ménage, le lonzo, la filetta apparaissent accompagnés de fruits, les femmes mangent en silence, offrant au petit les bouchées les plus tendres et les plus savoureuses.

Le linge est retourné pour que la chaleur de l’astre lumineux termine son labeur. Elles s’étendent à l’ombre, créant un berceau humain pour le petit bout d’homme, le sommeil les envahit doucement.

Les ombres marquant le cœur de l’après-midi réveillent le quatuor. Chaque femme plie, range le linge et prépare le retour au village.

L’enfant regagne le dos de son porteur équin. Il plonge ses mains dans le pelage velouté et soyeux pour garder de ces journées-douceur un souvenir tactile ; instants enchanteurs gravés à vie et à cœur.

   voilà mes fées.

2 réflexions au sujet de « Les fées de l’Asco »

    • C’est un honneur pour moi de recevoir ce présent, elles sont la preuve que les fées existent et veillent sur ceux qu’elles aiment même quand on pense qu’elles ont disparu.

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