Avez-vous déjà rencontré un être d’amour ?

Moi, oui. Il a été mon parrain et je l’ai appelé ainsi dès que j’ai su m’exprimer oralement. Ma mère m’a fait baptiser et m’a donnée un prénom chrétien pour m’éviter ses propres effrois.
Ce n’était pas un homme sans défaut mais je ne les voyais pas tant il m’a offert de cet amour paternel qui me manquait, faute de géniteur présent,
Je ne peux pas dire que nous ne nous sommes pas heurtés mais cela n’a jamais duré car il était un homme de dialogue et ne se complaisait pas dans la controverse.
J’étais sa neuvième filleule, il avait dit : «après toi, je n’en veux plus d’autre, je ne pourrais lui consacrer assez de temps.»
Il faut dire que je n’ai pas toujours été de tout repos.

Son visage a éclairé toute mon enfance, il a été proche de Sarah et de moi dans tous les moments intenses, qu’ils soient heureux ou difficiles.
Il m’a fait découvrir Dieu et a accepté que je m’en éloigne à l’adolescence.
Il a été l’être le plus droit que j’ai rencontré, joyeux, généreux, ouvert aux autres. Il acceptait l’autre avec une entière tolérance.
Comme il voyait un nombre incalculable de personnes et que par ce fait, ces absences étaient nombreuses, enfant, je l’avais surnommé «Parrain courant d’air». Même si son activité débordante le menait par monts et par vaux, jamais, il ne m’a fait sentir que je le dérangeais, il prenait son temps pour écouter la rebelle que j’étais, argumentant, polémiquant avec la hardiesse de mes 16 ans.
Il était basque et est resté fidèle à cette région rude en surface mais généreuse au fond d’elle.
Il représente mes rares racines, les souvenirs d’avant moi, il avait connu mon vrai grand-père au stalag, en 1940. Hélas, il ne m’en a peu parlé, par obligation envers Sarah, elle me trouvait trop jeune pour être confrontée à une réalité bouleversante.
Il a tout et sûrement trop offert aux autres mais rien ne pouvait arrêter cet être débordant du besoin de secourir le faible quoiqu’il ait fait.
Je le revois à bord de sa deux-chevaux hors d’âge, sourire au vent, main tendue en un au revoir sans adieu.
Le jour de sa disparition, j’ai implosé d’incompréhension. Je trouvais son Dieu injuste, il rappelait à lui cet homme sans pareil et en laissait vivre d’autres plus vils. Je n’ai pu aller à son enterrement, trop de révolte, de refus envahissait mon cœur et mon esprit, j’ai mis ma rage sur le papier.
Il m’a fallut près de dix ans pour apprivoiser son départ ainsi que celui de Sarah. J’ai renoué avec l’idée déiste, je l’ai façonné en une entité vaste sans m’attacher aux rites quels qu’ils soient.
Pierre Duben, mon «parrain courant d’air» m’a fait comprendre que la mort ne stoppait que la présence physique, l’intense spiritualité de certains êtres religieux ou non nous fait vivre,
ils résistent au néant à travers nous…

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