Absence

Soudain le désert … Plus de ces controverses miraculeuses créant des réconciliations petits gâteaux et thé russe.
Je hais ce téléphone, cette sonnerie, cette voix crispée m’affirmant que tu es devenue ombre. Plus une réalité, déjà en quelques secondes un souvenir.
Mais je ne veux pas me souvenir, je te veux vivante. J’ai envie de supprimer ce messager insupportable, cette Cassandre m’annonçant la peine fondant sur moi. Je hurle ma faute pour me rendre coupable de cette éternelle absence. Je détaille, analyse, décortique chacun de mes mots, de mes gestes. Qu’ai-je oublié ? T’ai-je oublié. Les sentiments de compassion quittent mon cerveau et mon corps comme une grève à marée basse, sans reflux à venir. Ce n’est pas la perte qui me fais douleur mais le vide qui en découle. Je deviens adulte, je perds ce soupçon d’irresponsabilité qui pourtant m’énervait tant quand tu insistais sur l’enfant veillant encore en moi. Je perds mes balises infantiles. Je dois prendre de force ce poison existentiel que filent les Parques.
Qui me raconteras ? Qui restera ma mémoire ? Je n’autoriserai plus personne à fouiller dans nos malles aux réminiscences puzzle. Dans quel regard retrouverai-je cet immense amour mêlé de déraison ? Tu as inscrit des cicatrices et celle-là est la plus béante. Je pourrais t’en vouloir, te maudire, te haïr même, il faudrait pour ce que tu sois là. Je n’ai pas encore l’âge de m’adapter à ton départ, je dois encore te prouver que je peux grandir, que je peux fracasser notre destiné.
Je m’agite, avertis toutes celles et ceux qui t’aiment, te connaissent et ainsi me laisser déposséder d’une partie de ma souffrance. Mais je ne veux pas, tu es à moi seule. J’entends les hommages, les pleurs, les phrases convenues, je voudrais frapper, trouver un ou des responsables.
Il n’y a que le néant, que le vent, que le ciel me rappelant sempiternellement la couleur changeante de tes yeux. Le pire est d’expliquer, de t’élucider au regard du monde. Mais démontrer quoi ? Que tu étais tout le désespoir et la violence du monde, la tendresse et la générosité, le paradoxe et la complexité ! Je lutte contre les idées toutes faites, égoïsme, dépression, fatalité …
Je suis devenue le pèlerin de ce désert, je le parcoure tous les jours, recueillant de temps en temps une autre âme, venant de découvrir cet espace envahit de rivières et pourtant si aride.
L’absence définitive ne nous montre que notre propre superficialité ontologique …