Bleuets et coquelicots

En vagues brisées, rouge au front
Unique et multiple, pluriel des noms
Coquelicots et bleuets fracassés
Esprits de corps et âmes éparpillés
Labyrinthes glaiseux s’épuisant de vie
Chacun espérant convaincre la patrie
De son canevas de courage, arme éphémère

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Honneur éperdu des décideurs de guerre
Les vivants se trompent, les défunts ont tort
Au loin, leurs dulcinées se perdent en larmes
Les voiles sombres ont éteint leurs charmes
Munitionnettes habiles contre leur gré
Vaines invocations d’un patriotisme obligé

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Les enfants, branches innocentes écrasées
Prévoient à leur tour d’entrer dans l’illusoire
En cette recherche équivoque d’une gloire
Sans autre solution qu’une autre catastrophe
Plus incendiaire, encore plus longue strophe
Deux générations en une destruction totale
Pour des symboles faussés, des chimères fatales

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Dix décades plus tard, la terre se souvient
De ces rouges rubans abreuvant son sein
Elle souhaite le repos de ces insignes inconnus
Élevant leurs âmes en un espoir si tenu
Mais la glèbe enferme leur terrible destin
Réminiscence du camarade tombé en vain
Mourir en un instant en rêvant de sa femme
Paradoxe d’appellation, sur le chemin des Dames

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