Le trône et le tabouret

Un trône vide s’ennuyait au royaume d’Ithaque
Se souvenant d’Ulysse, escomptant Télémaque
En cette salle esseulée, espérant un banquet
Il devine un tabouret, que fait ici ce simplet ?

Tu gênes ma vue, tu mutiles la vive lumière
Tu n’es que de bois, moi en glorieuse pierre
Tu ne sers qu’au miséreux, au vain voyageur
Rien de noble en toi, aplomb de naufrageur

Le tabouret discipliné recule puis se rebelle
Se refuse à offrir à ce monolithe la part belle
Tu n’es qu’un mastodonte inutile et antique
Représentant fragile d’une vie monarchique

Le peuple te fera craindre la vive République
Il se rassemble, gronde de ton attitude inique
Tu peux me brûler, la liberté est un oriflamme
Sache que jamais tu n’étoufferas sa flamme

Pourtant nous ne sommes pas si dissemblables
Nous vivons la tyrannie de ces êtres palpables
Leurs esprits étroits ainsi que leurs larges séants
Nous ne sommes que matériel et eux si pesants

Bleuets et coquelicots

En vagues brisées, rouge au front
Unique et multiple, pluriel des noms
Coquelicots et bleuets fracassés
Esprits de corps et âmes éparpillés
Labyrinthes glaiseux s’épuisant de vie
Chacun espérant convaincre la patrie
De son canevas de courage, arme éphémère

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Honneur éperdu des décideurs de guerre
Les vivants se trompent, les défunts ont tort
Au loin, leurs dulcinées se perdent en larmes
Les voiles sombres ont éteint leurs charmes
Munitionnettes habiles contre leur gré
Vaines invocations d’un patriotisme obligé

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Les enfants, branches innocentes écrasées
Prévoient à leur tour d’entrer dans l’illusoire
En cette recherche équivoque d’une gloire
Sans autre solution qu’une autre catastrophe
Plus incendiaire, encore plus longue strophe
Deux générations en une destruction totale
Pour des symboles faussés, des chimères fatales

Dites-moi où se sont envolés leurs cœurs
Sont-ils devenus d’éternelles flammes
Dites-moi si désormais ils n’ont plus peur
Sont-ils libérés de leur belliqueux drame

Dix décades plus tard, la terre se souvient
De ces rouges rubans abreuvant son sein
Elle souhaite le repos de ces insignes inconnus
Élevant leurs âmes en un espoir si tenu
Mais la glèbe enferme leur terrible destin
Réminiscence du camarade tombé en vain
Mourir en un instant en rêvant de sa femme
Paradoxe d’appellation, sur le chemin des Dames

Don’t cry

Ne pleure pas, ton cœur s’est envolé
Il ne captera plus des désirs ensoleillés
Il se suffit à lui-même en oubli désabusé
Omettant toutes les serments profanées
Des prédicateurs de merveilleux rêves
Abandonnant les sentiments sans gloire
Et à chaque fois, ton ardeur en crève
De ses donneurs de songes illusoires
Tu tires silencieusement ta révérence
Laissant à d’autres cette fragile danse
Plus d’offrande de tes vagues tendres
Tu enfermes tes trésors en méandres
Sans attendre un incertain double
Celui cueillant infiniment ton trouble

Résilience

 

Idées reçues en vague brune
Envahissent nos esprits de brume
Résilience à ces démolitions
Ces étroitesses en compromission
Sud luttant contre septentrion
Vieil occident, éveil d’orient en opposition
Armes, finances, fiançailles troubles
Extrêmes libérés, jeux et manœuvres doubles
Serviteurs zélés d’une profonde haine
Mauvais maîtres d’une manipulation à la chaîne

Paradoxal

 

Dans nos différences
Tant de ressemblances
Peur de nos miroirs
Oubli de nos vifs savoirs
Te reconnaître en moi-même
Me pousser en tes extrêmes
Ne faire qu’une apothéose
Le temps de l’éclosion d’une rose
Ou en un miracle rebelle
Toute une route éternelle

Eperdue volontaire

En passant

Effacer les stries du prêt à compter
Envoyer au loin les aiguillons pressés
En longues enjambées des secondes
Accepter que l’oisiveté nous inonde
Évasion de l’usité, carcan sauvage
Ne laissant que des âmes en ravage
Oublieuses de l’éclat en nous vif
Au fin fond de nos souhaits incisifs
Larguer les pages sages, si inscrites
Traverser nos psychés en libre arbitre

Fugue

A fleur de peau, elle se déchaîne de lui
Même si son âme éclate en grand bruit
Rendre les armes, décroiser leurs plumes
S’éloigner de ses ondulations émouvantes
A son refus d’échanger les vives brumes
De croire en une autre histoire innovant
Être autre qu’une parenthèse désenchantée
Espace vibratoire d’humeurs échangées
Source fantasque de flammes baladines
Composition réfléchie et tentation mutine
Errant de derme en en derme, il se perd
Même si son attraction solaire le sert
Conquistador de périssables victoires
Où le partage des sens est vain, illusoire
Et les mille et un efforts créées avec ardeur
Se confondent avec frémissements de cœur

La Page

Elle est vaste, pleine de lumière, prête à capter toutes les teintes, de l’or du soleil levant au bleu crépusculaire. Elle en oubliait le gel de l’hiver tant la chaleur des échanges s’épanouissait en termes délicats et choisi, attentions envers l’autre. Elle s’ornait d’horizons lointains et gravait en elle la carte du tendre. Elle s’ouvrait, variant les plaisirs, coquelicot secret, orchidée fragile et rose passion. Les thèmes désordonnés du vivant s’éclataient sur elle,sans affront, en partage incessant. Quelque foi, elle tremblait d’abîmer le lien s’ancrant en elle, elle préférait les courbes aux lignes brisées. Ses signes déliaient les matins les plus ombrageux, les aléas fracassant ses personnages. Elle les désiraient habiles dans leur envie de transcrire en elle leurs vérités aléatoires. Les mensonges tenus ne l’offusquaient pas tant qu’elle continuait à exister. La distance rendait les lettres funambules.

 

 

Le printemps les échauffait doucement mais certains brouillards pernicieux les faisaient douter. L’écriture devenait acide, plus acrimonieuse puis s’excusait de ses vaines inquiétudes, cherchant à se rassurer dans des phrases attentionnées. Des projets de vis à vis se créaient en eux, chacun se préparait à l’autre. Elle tentait d’apprivoiser ces deux êtres en incertitude, Avancer l’un vers l’autre, sans se préoccuper des bien pensants, de la bonne conscience, ne se soucier que de son libre-arbitre. Les considérations physiques avaient été dépassés par l’échange de prises de vue. Petit à petit, ils devenaient palpables , lignes de vie aux coins des yeux, sourires un peu forcés, pose sans artifice, Chacun s’oubliait en observant l’autre. La page devenait patchwork, s’illustrant de photos, de musiques échangées, de souvenirs d’enfance, Ils s’écrivaient dès l’aurore, se contant leurs rêves, Les mots se croisaient et la similitude de certaines instants vus et vécus les faisaient frémir.

 

L’été s’avançait en fruits épanouis, Convenir d’un rendez-vous s’entrouvrait mais cela restait tapi sans oser se déclarer, Se savoir dans la même ville, sans contact tactile, leur offrait le charme suranné d’une cour mutuelle, ils avaient peur de se démystifier,

Un lieu et un horaire furent décidés, Ils avaient choisi la terrasse d’une brasserie sur les grands boulevards, La foule les préserverait des regards indiscrets,

Le matin du rendez-vous, chacun reçu un télégramme d’annulation. Une simple excuse que l’un et l’autre savait creuse, cachant l’effroi de briser cette harmonie virtuelle.

 

Les vacances se profilaient , les mots voyageaient plus loin, gardant leur même force. Ils déconstruisaient le proverbe : «Loin des yeux, loin du cœur.» Ils se décrivaient la captation des rayons au couchant, les balades au creux des vagues. Aux missives s’ajoutaient un galet irisé, une recette de cuisine découverte, une fleur à peine sèche d’avoir été cueillie au plus près de la rosée. Ils échangeaient grain de sable contre écorce, La page devenait malle aux trésors.

 

Rentrée en solitaire, le désir de la rencontre devenait plus pressante. L’automne domptait encore quelques éclats estivaux, les cafés offraient leurs chaises et leurs tables aux dernières chaleurs. La place du Châtelet fut décidé pour devenir un espace de connexion au réel.

 

Il est arrivé le premier, avec beaucoup d’avance, il avait besoin de ressentir l’ambiance, de choisir une table, en extérieur, discrète mais suffisamment visible. Son attente ne fut pas longue, elle aussi arriva en avance. Ses boucles châtain clair encadrait un visage fin avec un regard mobile, elle a souri dès qu’elle l’a aperçu. Elle ne s’était pas apprêtée pour ce rendez-vous, préférant le naturel à l’artifice. Chemiser à fleur, ouvert jusqu’à la naissance des seins, short en lin noir et fines sandales du même ton, la peau gardant encore quelques ombres solaires. Lui aussi était sobre, jean, tee-shirt et chaussures sombres,

Elle s’est assise auprès de lui. Il ne savait pas s’il devrait lui tendre la main ou la joue. Elle pris l’initiative de l’embrasser doucement, non loin de ses lèvres. Dans le brouhaha des conversations et l’entrechoquement de la vaisselle, ils se taisaient. Le serveur brisa ce silence timide en venant prendre la commande, Café pour lui, thé pour elle.

Le dialogue a démarré sur des banalités, le temps puis les vacances et le travail. Ils se sentaient dangereusement s’engourdir, la Page leur manquait. Elle les libérait de ces vaines considérations, elle était leur carapace permettant de cacher ce qu’ils croyaient être une inutilité extérieur. Ils se rendaient compte qu’elle était l’équilibre, le lien et qu’ils couraient à la catastrophe s’ils ne s’en affranchissaient pas.

 

Elle a osé exploser cette conversation tournant au ridicule des lieux communs en lui prenant la main, il n’a pas plus réfléchit, l’a enlacée et embrassée …

 

La Page se retrouvait blanche, abandonnée. Ils écriraient la suite sans elle. Elle s’est embrasée tel le baiser qu’ils échangeaient.

Elle n’était pas défunte, juste à la recherche de nouveaux esprits à conquérir et peut-être à réunir …

Demande à la blonde, la rousse et la brune

Les multiples contes de ce chevalier errant

Enfermé dans les méandres de ses infortunes

En conquête sempiternelle puis se lassant

De délacer la même nymphe affectionnée

A peine la fusion passionnément esquissée

Songeant à la prochaine île inaccessible

La parenthèse offrant à son âme illisible

Un apaisement, une aurore de renaissance

Le déracinant de son orpheline ganse

S’enchâssant, lui promettant cette latitude

Illusoire, offrande d’avenir sans habitude

Assuré de naviguer de rive en orée fugace

Où le tendre n’abandonne aucune trace

Se protégeant en vif amant prospecteur

Omettant le néant marquetant son cœur

Trois actes

Entrée en scène, face à face

Regards appuyés, restés de glace

Danse des corps en mouvance réduite

Langage d’une main tendue, séduite

Écoute des perceptions inaudibles

Enchantement d’échanges intangibles

Ondes métamorphosées, lien envoûtant

Ancré en tête en océan mouvant

 

 

Cadran marquant les espaces vides

Chacun vaque, garde son cœur invalide

 Fracas d’une coïncidence latente

Désirs en braises sourdes montantes

Dérapages incontrôlés des corps

Échange du sensitif, d’une petite mort

Effroi apaisé, plus de questions

Renouer avec la fantaisie en tentation

 

 

Virevoltant partage sans limite

Pourtant le cœur s’emballe, palpite

Sur ses gardes, refusant le don pur

N’osant plus ce que les lèvres assurent

Rives du tendre s’éloignant, se rapprochant

Telle la lune avec la marée jouant

Peu de paroles d’avenir, trop aventureuses

Attente du rideau glacé d’un fin tortueuse