Emmenez-moi…

Le mal de mer l’envahit …

La Manche est de mauvaise humeur ce matin de juin, ses vagues ont des creux de deux mètres. Se doute-t-elle qu’elle va subir l’assaut de plus d’une centaine de milliers d’hommes accompagnés de fer et de feu. Elle tangue, valse et eux se tiennent serrés les uns contre les autres, l’estomac en fusion.

Ils sont sur l’un des 6 939 navires, une véritable Armada à l’assaut des côtes françaises. Cette opération de grande envergure a pour nom : Overlord. Ils sont l’union des nations contre la barbarie nazie. Ils sont américains, australiens, néo-zélandais, espagnols, polonais, français …
L’objectif des Alliés, dans cette opération, est de créer un autre front en Europe du Nord-Ouest et ouvrir un accès assez rapide vers le cœur de l’Allemagne.
Le plan exécuté en Normandie s’articule en deux phases :
S’emparer d’une tête de pont afin de prendre le nœud routier de Caen et du port de Cherbourg.
Élargir la zone par la conquête de la Bretagne et des ports de la façade Atlantique, avancer jusqu’à une ligne allant du Havre jusqu’à Tour.
Les Allemands se préparent aussi à l’offensive. En 1942, ils ont construit le mur de l’Atlantique, système de fortifications côtières, pour empêcher l’invasion de l’ouest du continent européen par les Américains et leurs alliés. Il s’étend de la frontière hispano-française jusqu’au nord de la Norvège et est renforcé sur les côtes françaises, belges et néerlandaises. Tel Cassandre, le 22 avril 1944, le maréchal Erwin Rommel déclare à son aide de camps : « Croyez-moi, Lang, les premières vingt-quatre heures seront décisives… Le sort de l’Allemagne en dépendra… Pour les alliés comme pour nous, ce sera le jour le plus long » …

A bord des navires, les soldats savent que le pire les attend sur les plages de Normandie. La pluie s’écrase sur les casques, certains recouvrent le crâne de gamins d’à peine 20 ans.

L’un deux est un grand enfant, il a gratté sa carte d’identité pour inscrire un huit au lieu d’un sept, le rendant majeur et lui permettant de pouvoir s’engager. Il sent venir l’orage des munitions et des bombes qui vont jaillir tel un 14 juillet furieux et brouillon. Son enfance métissée s’est déroulée sous le soleil imposant des bords du Pacifique. En lui luttent le quaker irlandais et le sang apache en rébellion éternelle. Il s’est révélé à lui-même lors d’une visite dans un musée où une forme élancée lui a montré que le travail des mains était aussi un art. Partir, partir vers le pays de Rodin et de Giacometti était devenu son objectif, son ultime aventure quitte à se perdre dans cet univers entre aquatique impétueux et plages meurtrières.

Il s’appelait Peter, c’était mon père …

Flying to the moon

« Le 21 juillet 1969, la lune, en satellite tranquille, ignore que plus de 500 millions de regards l’observent. Des millions plus trois. Ces trois-là, Neil Armstrong, Buzz Aldrin et Michael Collins la regardent de très près, ils ont tourné autour d’elle, lui faisant une cour d’étoiles.
Ils sont accompagnés par un divin chaperon : Apollo.

A des millions de kilomètres, au cœur de Paris, une petite fille de cinq ans encore ensommeillée, se demande pourquoi sa mère l’a levée au milieu de la nuit noire d’encre. Pourquoi l’immense télévision est allumée, offrant ses images, en déclinaison du plus sombre au plus immaculé. Se lever tôt pendant les vacances, ce n’est pas drôle !
Elle se souvient que la veille, sa maman lui a longuement parlée de la lune et d’un événement exceptionnel, une surprise stellaire.

Elle ne sait pas que cette surprise est le résultat d’une guerre des étoiles entre les États-Unis et l’URSS. John Fitzgerald Kennedy veut démontrer la supériorité de son pays face à Nikita Kroutchev, Premier Secrétaire du parti communiste de l’Union Soviétique. Les américains avaient été devancés par le lancement de « Spoutnik », premier satellite et le vol dans l’espace de Youri Gagarine ainsi que sa réussite de la rotation complète de la Terre.
C’est un duel entre deux super puissances. Celui-ci dure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et a pour nom la Guerre Froide. Montrer à la face des peuples du monde que le conflit s’étend jusqu’à l ‘espace sidéral.

Pourtant quand le module d’exploration lunaire, le LEM, nommé Eagle, se détache du poste de commandement Columbia, il ne se dirige pas vers un champs de bataille mais vers la mer de la tranquillité.
L’objectif officiel est :
De valider les techniques d’atterrissage,
D’évaluer les capacités humaines dans l’espace
Et de collecter des échantillons lunaires

Le premier pas de Neil Armstrong émerveille la petite fille, elle entend les mots : « C’est un petit pas pour l’homme, un grand pas pour l’humanité.

Ce qu’elle ne sait pas c’est que plus tard, en se baladant sur la Lune, Neil Armstrong aurait dit à Houston : « Good luck, Mister Gorsky ».
Pourquoi ?
Ne voulant répondre pendant trente ans, Armstrong aurait fini par confier :
« Monsieur Gorsky est mort maintenant. Je vais pouvoir répondre à votre question : lorsque j’étais gosse, j’avais l’habitude de jouer au basket dans le jardin. Un jour, le ballon atterrit dans le jardin du voisin. Au moment où j’allais le ramasser, je suis passé devant la fenêtre de la chambre à coucher de M. et Mme Gorsky, nos voisins. Et là, j’ai pu entendre madame Gorsky qui disait à monsieur Gorsky : « Une gâterie ? Tu veux que je te fasse une gâterie ? Je t’en ferai une le jour où le gosse du voisin marchera sur la Lune ! » …

Côte sauvage

Pluie traversière en harmonie du regard
S’étalant entre bruyère et rocs de hasard
Cheveux, boucles d’embruns évanescents
Gélose malachite en reflux fluorescent
Corps à cœur en marées incessantes
Arrimée à cette presqu’île troublante
En arpège au-delà de son isthme exiguë
Succession des flux en battements drus
Tanguant jusqu’au centre de Seine
Souvenir soulageant l’impétueuse peine
Blues en grain de sablier attendant l’été
Retrouver le souffle éolien, argenté
Granit architecte, havre océanique
En perception d’un Orion philharmonique

Se départir

Réflexion faite, je me quitte
Éperdue de mon libre arbitre
Fracassant l’immobile
Variation sur le fragile
Papier impressionnable
Illustrant l’impalpable
Se jeter contre ces pages
S’offrir en bénévoles gages
Cavalière de l’improbable
Sans retour, inexorable
Fragile plume indélébile
Tissant en veines volubiles
Soupçon d’autobiographie
Et d’autres contes de vies
Se séparant de soi-même
Dichotomie, multiples thèmes
Luttant en un duel voyageur
Ne pas engloutir le lecteur
L’apprivoiser, l’emmener au loin
Pressentir de l’encre, le parfum

Fin ou faim …

A la fin du monde en buzz tournoyant
A la faim d’un monde déraisonnant
A la fin des loups se dévorant entre eux
A la faim des loups trop libres, aventureux
A la fin des contes de notre pure enfance
A la faim des comptes, avaricieuse finance
A la fin de nos corps transformés, plastifiés
A la faim de nos corps, tendresse oubliée
A la fin du courage de se révolter en vain
A la faim du courage tel impétueux levain
A la faim d’une Histoire en oubli de mémoire
A la fin d’une histoire d’Hommes illusoire
A la faim d’un temps demeurant sans trépas
A la fin d’un temps n’existant peut-être pas

Sous Désir Flâneur

En un inexistant prénom depuis un an
Éloignement entre vingt ou trente bancs
Appellation sans origine trop contrôlée
Alcôve suburbaine, porche planqué
Sous verres accumulés, sourires omis
Passants dépassés, regards insoumis
Pelures de tissus en cascades colorées
Taisant une existence trop troublée
Déambuler jusqu’à l’illusoire nid
Trouver le repos en une si vive nuit
Couche glacée d’une rosée urbaine
Où chaque torpeur est une idée vaine
Esquisser l’envie de se débusquer
D’oublier le nomade, enfin se poser

Absence

Soudain le désert … Plus de ces controverses miraculeuses créant des réconciliations petits gâteaux et thé russe.
Je hais ce téléphone, cette sonnerie, cette voix crispée m’affirmant que tu es devenue ombre. Plus une réalité, déjà en quelques secondes un souvenir.
Mais je ne veux pas me souvenir, je te veux vivante. J’ai envie de supprimer ce messager insupportable, cette Cassandre m’annonçant la peine fondant sur moi. Je hurle ma faute pour me rendre coupable de cette éternelle absence. Je détaille, analyse, décortique chacun de mes mots, de mes gestes. Qu’ai-je oublié ? T’ai-je oublié. Les sentiments de compassion quittent mon cerveau et mon corps comme une grève à marée basse, sans reflux à venir. Ce n’est pas la perte qui me fais douleur mais le vide qui en découle. Je deviens adulte, je perds ce soupçon d’irresponsabilité qui pourtant m’énervait tant quand tu insistais sur l’enfant veillant encore en moi. Je perds mes balises infantiles. Je dois prendre de force ce poison existentiel que filent les Parques.
Qui me raconteras ? Qui restera ma mémoire ? Je n’autoriserai plus personne à fouiller dans nos malles aux réminiscences puzzle. Dans quel regard retrouverai-je cet immense amour mêlé de déraison ? Tu as inscrit des cicatrices et celle-là est la plus béante. Je pourrais t’en vouloir, te maudire, te haïr même, il faudrait pour ce que tu sois là. Je n’ai pas encore l’âge de m’adapter à ton départ, je dois encore te prouver que je peux grandir, que je peux fracasser notre destiné.
Je m’agite, avertis toutes celles et ceux qui t’aiment, te connaissent et ainsi me laisser déposséder d’une partie de ma souffrance. Mais je ne veux pas, tu es à moi seule. J’entends les hommages, les pleurs, les phrases convenues, je voudrais frapper, trouver un ou des responsables.
Il n’y a que le néant, que le vent, que le ciel me rappelant sempiternellement la couleur changeante de tes yeux. Le pire est d’expliquer, de t’élucider au regard du monde. Mais démontrer quoi ? Que tu étais tout le désespoir et la violence du monde, la tendresse et la générosité, le paradoxe et la complexité ! Je lutte contre les idées toutes faites, égoïsme, dépression, fatalité …
Je suis devenue le pèlerin de ce désert, je le parcoure tous les jours, recueillant de temps en temps une autre âme, venant de découvrir cet espace envahit de rivières et pourtant si aride.
L’absence définitive ne nous montre que notre propre superficialité ontologique …

J’en ai fini …

J’en ai fini d’en oublier mes passions
Et de me perdre en de doctes notions
J’en ai fini d’oublier mes douze ans
Les arbres si hauts devenant mes géants
J’en ai fini de m’accorder à des violons
Qui sonnent faux, couverts d’obligations

Préférant le lâcher prise, la douce brise
M’abandonnant au rythme d’une chanson
Glissant entre leurs oiseuses balises
Volontaire pour une odyssée en diapason

J’en ai fini des contes de demi-saison
Où le cœur s’abat devant la juste raison
J’en ai fini d’accepter sans contraintes
Les Narcisses en mâles d’étreintes
J’en ai fini des ces cinq à sept compromis
Laissant plus pâle qu’un sandwich de midi

Préférant le lâcher prise, la douce brise
M’abandonnant au rythme d’une chanson
Glissant entre leurs oiseuses balises
Volontaire pour une odyssée en diapason

J’en ai fini de devoir prouver ma maturité
Devant un Diafoirius en posture d’autorité
J’en ai fini d’être chiffrée, autopsiée
Avant même que mon heure ne soit sonnée
J’en ai fini de ce manque de courtoisie
De n’être qu’une pancarte accrochée à un lit

Préférant le lâcher prise, la douce brise
M’abandonnant au rythme d’une chanson
Glissant entre leurs oiseuses balises
Volontaire pour une odyssée en diapason

J’en ai fini de voir ces tartuffes comédiens
Métamorphoser en marchands de biens
J’en ai fini d’entendre parler de paix
Par des pouvoirs taisant leurs forfaits
J’en ai fini d’entendre pérorer les polémistes
Préférant le scoop et l’info conformistes

Préférant le lâcher prise, la douce brise
M’abandonnant au rythme d’une chanson
Glissant entre leurs oiseuses balises
Volontaire pour une odyssée en diapason

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