Afrique

A quoi ça sert l’Histoire ?

Souvent, mes élèves me demandent : «A quoi, ça sert l’Histoire ?» sur un ton goguenard. Je réponds du tac au tac : «Comme vous, à rien !».

En étant un peu moins dure, je leur dis que cette matière est une richesse infinie puisqu’elle regroupe aussi toutes les petites histoires de chacun d’entre nous. Les femmes et hommes célèbres n’auraient pas agi comme ils l’ont fait si chacun d’entre eux n’avaient eu leur propre chemin de vie. C’est notre environnement et notre adaptation à celui-ci auxquels il faut ajouter notre psychologie qui créent nos agissements.

Louis XIV aurait-il été si belliqueux s’il avait pu épouser Marie Mancini ?

Napoléon a-t-il fait subir à la France son complexe d’infériorité dû à son accent et à son aspect physique ?

Lucie Aubrac aurait-elle été une aussi grande résistante si elle n’avait pas
aimé Raymond ?

Je sais, je pars dans l’uchronie, pays de l’évocation imaginaire, proche de l’utopie. Mais il est intéressant de se repositionner face au passé, de comprendre qu’il est tissé de milliards de fils, êtres humains, composant un dessin en constante variation. C’est l’effet papillon…

J’essaie de raconter ces petits chemins de vie quand je donne un cours, simples anecdotes drôles ou tragiques qui rendent plus vivante cette matière que certains ont quelques fois limitée à un amas de dates et de noms. Enseigner des matières générales n’est pas chose facile.

Surtout quand même au plus haut de notre République, on se moque de cette culture. Il est plus aisé de gouverner des incultes, des exécutants que des chercheurs de savoirs. Il n’y a pas de connaissances inutiles, il n’y a que des ignares moqueurs avec un grand complexe d’infériorité !

Je remercie mes enseignants qui m’ont offert le cadeau d’essayer de comprendre le fil du temps. Une dédicace aussi à celui de mon fils qui est si passionnant, ce dernier me refait son cours avec cet air si heureux me donnant l’impression qu’il a découvert l’Amérique et ses trésors. D’ailleurs, il vit la même chose en mathématiques, pour moi, une vraie bille dans cette matière, je réapprends à apprivoiser ce véritable effroi de mon adolescence.

La puissance de ces « maîtres à grandir » est leur envie de transmettre, ils aiment cela et pratiquant le même métier, dans des conditions similaires, je sais que ce n’est pas
chose aisée.

Il faut voir l’Histoire non comme un amas de dates mais comme une continuité qui explique notre monde d’aujourd’hui.

Si nous continuons à l’ignorer, nous offrons le vide aux futures générations. Celle d’aujourd’hui (15-20 ans) a de moins en moins de repères et vit d’envies et non de besoins.