La séparation

Un matin, je me suis éveillée, le froid de novembre frappait les vitres de notre appartement.
Nous étions encore dans les années Mitterrand mais sans les illusions de 1981. J’avais changé de métier, commençant une approche de celui que j’exerce aujourd’hui. Depuis, près de 2 ans, je m’enfonçais dans une routine hypnotique. Se lever, s’habiller, préparer le petit déjeuner de mon premier enfant, le réveiller, le nourrir, l’habiller, partir pour la crèche, courir pour attraper le métro, travailler sans prendre de pause déjeuner afin de ne pas rentrer tard, récupérer mon petit bout, faire 30 minutes de marche qu’il pleuve, qu’il neige ou sous la chaleur des soirs d’été pour rentrer au foyer en échangeant avec lui, parlant de sa journée, préparer le bain, le dîner, raconter des histoires pour l’endormir puis se coucher épuisée, tout en sentant au fond de soi la fracture de vivre une sempiternelle existence. La fin de semaine était consacrée au ménage, aux courses, à quelques visites aux grands-mères, encore jeunes, que je sentais plus vivantes que moi. J’étais devenue une maman, la femme s’effaçait peu à peu
.

Bien sûr, je n’étais pas une maman célibataire. J’avais tout fait dans l’ordre, mariage (discret), enfant. Personne ne m’avait forcée à épouser ce jeune homme, ni à être enceinte. J’étais heureuse de partager ma vie entre mes deux hommes mais petit à petit l’étau du quotidien m’enserrait. Je ne trouvais pas ma place dans cet hyper espace familial.

Pendant près d’un an, j’ai tenté d’expliquer à mon conjoint le marasme dans lequel je m’enfonçais mais pas ou peu de réaction, il ne voyait pas ce que notre vie avait de déliquescente. Il avait, lui, le temps d’assouvir ses passions et m’assurait qu’il m’aimait comme on arrose une plante verte juste ce qu’il faut pour qu’elle ne meure pas. Je me sentais donc plus proche du ficus que de l’homo sapiens sapiens …

Ce jour-là, j’ai vaqué à mes occupations comme un gentil petit robot, avec au fond de moi un bouillonnement incessant et le soir en rentrant, je lui ai expliqué que je ne l’aimais plus. Je ne lui reprochais rien, simplement j’avais envie de vivre réellement. Il a été bouleversé par cette déclaration,
il croyait que quand je l’avertissais, ce n’était que des sautes d’humeur « féminines ».

Bien sûr, nous avons échangé de vifs propos, pas d’insultes mais des reproches qui aujourd’hui pourraient paraître dérisoires. Avant de me retrouver un autre lieu d’habitation, je suis retournée vivre chez ma mère. Ce ne sont pas toujours les pères qui partent. Nous avons eu, cependant,
l’intelligence de préserver notre fils le plus possible.

Nous sommes toujours amis près de 25 ans après cette séparation, non seulement parce que
c’est le père de notre enfant mais surtout parce que c’est un type bien.

Peut-être que si nous avions réagi avant…