Banlieues blues

Depuis des années, j’entends, je lis et je vois des reportages sur les jeunes de 15 à 25 ans. Des vérités assénées par des journalistes qui les approchent pendant quelques heures et se satisfont d’images stéréotypées et d’a priori. J’attends toujours le reportage qui évitera le manichéisme.

Arrêtons de stigmatiser les jeunes de banlieue, ils ne sont pas pires que ceux des grandes villes. Ils ne sont pas tous ces dangereux dealers, psychopathes et roi des tournantes que l’on nous décrit. Et puis, ne pas oublier que banlieues et immigration vont de paire dans l’imagination des citoyens. Des chaînes de télévisions très proches du pouvoir telle TF1 ou M6 renforcent cette idée de violence sans montrer les efforts de certains. «Les Français ne connaissent pas leur immigration, ils en ont peur. C’est normal, puisque c’est TF1 qui a fait les présentations !» Jamel Debbouze (je vous conseille de le lire sur Télérama). Montrer la pseudo insécurité afin de conserver le pouvoir n’est-ce pas utiliser le mensonge à des fins personnelles. «Les élections approchent, ayez peur bonnes gens !!!»

Rappelez-vous les élections de 2002 : juste avant le premier tour, les images de ce pauvre homme d’un certain âge, frappé par des jeunes adultes, ont tourné en boucle pendant plus de 48 heures. Résultat : Le Pen au deuxième tour…

Je ne ferais pas d’angélisme non plus. Ils ne sont pas que les victimes d’une société libérale sans cœur. Bien sûr, ils font aussi des erreurs (petites ou graves) mais ils vivent dans une réalité que nous leur avons offert.

Je n’excuse pas leur attitude mais je tiens à expliquer ce qui se passe vraiment.

A force de les mettre à part, nous voyons le résultat. Imaginez de vivre dans des quartiers éloignés des centres (c’est plus facile de faire semblant de gérer des «ghettos» que d’organiser la mixité sociale), sans lieux pour jouer au foot ou au basket (les associations de quartiers ont vu leurs subventions supprimées depuis 2002), avec des profs sans expérience. Et oui, aucun agrégé de math ou de français ne veut travailler dans les quartiers difficiles. Comme le placement des enseignants se fait aux points accumulés, plus ils en ont, mieux ils choisissent, ce sont les débutants (sans réussite au CAPES ni à l’agrégation juste le PLP) qui travaillent en milieu difficile. Attention, ces profs ne sont pas mauvais, ils n’ont pas réussi des concours où on ne vous demande pas intelligence et pédagogie mais rabâchage de notions qui ne seront jamais offertes aux élèves. En plus, quand au plus haut de l’État, on se gausse de la culture générale, les enseignants passent pour des guignols.

Je travaille avec eux depuis près de 20 ans et s’il est vrai que souvent j’ai l’impression d’être dans un film dans le style de «Qui veut la peau de Roger Rabbit» ou pour les plus jeunes d’enseigner à des «lapins crétins», il y a une majorité d’entre eux qui tentent de s’en sortir honnêtement. Quelques soient leurs origines ethniques, religieuses ou leurs couleurs, la différence se fait par l’éducation et leur libre-arbitre.

Offrir le vrai choix, non celui de «tu feras de ton avenir ce que l’on t’offrira, tu iras là où il y a de la place». Combien de gamins se sont retrouvés dans une filière professionnelle non par décisions personnelles mais parce que laissés sur le bord du chemin scolaire ? Comment ne pas en vouloir aux autres de ses échecs ? Se laisser porter selon le bon vouloir des adultes n’est pas la création d’un futur heureux. Car quand je les écoute, les choses sont simples, avoir un logement, une femme (j’ai surtout des garçons), des gosses et un boulot, cela vous semblera basique mais c’est leur souhait le plus cher. Alors quand ils voient leur avenir, ils ne perçoivent que la galère (chômage, infections sexuellement transmissibles, arrestation arbitraire, mal nutrition). Il leur faut assez de conscience pour renoncer aux petites combines pour améliorer l’ordinaire et ne pas avoir envie de fracasser le premier adulte leur imposant son autorité.

Je gère 400 mômes de 15 à 25 ans et je crois ne pas avoir besoin d’avoir recours à cette attitude « imbécile » et dangereuse. Par contre, être dure, imposer son autorité mais rester juste et leur prouver qu’ils ne sont pas des numéros mais aussi des êtres uniques sont les moyens que j’emploie, je peux dire que si cela pouvait se comparer au marathon, celui de New York et de Paris sont une plaisanterie à côté de ce que les enseignants vivent quotidiennement.

Souvent, j’entends dire que les jeunes n’ont pas de sens politique. Au contraire, mesdames et messieurs les politiciens, ils vous observent attentivement et franchement, ils vous prennent pour des clowns, ne tenant pas leurs promesses, dans l’enrichissement personnel, créant des lois incompréhensibles et loin des besoins réels du peuple. Là, je traduis leurs propos car ils sont beaucoup plus crus.

Il faut aussi réfléchir à ce qu’ils voient quotidiennement sur le petit écran, des inconnus devenant des «stars» de pacotille, des milliers de publicités montrant une certaine représentation de la réussite, des sportifs dopés ou recevant des millions d’euros, des politiques les abreuvant de bonnes paroles mais contournant leurs propres lois : «fait ce que je dis et pas ce que je fais» ne sera jamais un mode sérieux d’éducation.

La vie est violente par ses images et ses mots mais répondre à la violence par la violence rend le résultat négatif.

Tabous

La société nous gave de tabous
Nous sommes en abri perpétuel
Alimentation, cigarette, alcool,
Route et amour dangereux,
Rapports devenus virtuels
Pensée, politiquement correct

Étouffement du naturel
Vivre sous assistance
Mourir en bonne santé
Nous vivons dans un zoo

Dont nous sommes les gardiens

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